De la préhistoire à l'époque Gallo-Romaine
 Il faut, à un monde qui se crée, un certain décor naturel : de l’eau, la berge d’une rivière, un cours d’eau, une source, ou simplement une prise d’eau non prohibée. Et il faut aussi une étendue de terrain plat suffisante pour permettre l’érection des tentes, quelques buissons, ou un boqueteau pour le bois à brûler... 
John STEINBECK, Les raisins de la colère
ette phrase de John Steinbeck illustre bien, à des millénaires de distance, la constance des besoins des hommes qui, lassés d’une longue errance, cherchent à s’installer quelque part de façon pérenne. Ainsi, quelques milliers d’années avant notre ère, à la période Néolithique, des groupes humains se sédentarisent et cherchent à compléter les ressources de la chasse, de la pêche et de la cueillette par celles de la production agricole et de l’élevage. Ils recherchent des lieux propices à l’installation de leurs habitations, et proches des espaces à cultiver ou à utiliser comme pâturages. 
Ils ont sans doute été nombreux à se fixer dans les vallées de la Voise et de l’Eure, comme en témoignent les nombreux monuments mégalithiques qu’ils ont laissés dans la région (on pense à Changé bien entendu, proche de quelques kilomètres, mais surtout à la Pierre Fritte située sur la commune d’Yermenonville). On peut penser que, dans bien des cas, ces premières installations sédentaires sont à l’origine de bien des villages d’aujourd’hui dans notre contrée. 

Alors imaginons, à Yermenonville et à Boigneville, l’intérêt des lieux : la Voise, en creusant la vallée, a laissé des espaces peu boisés, abrités des vents qui balaient le plateau. Des terres à cultiver, des pâturages, quelques garennes à proximité. Du grès et du silex dans le sous-sol, de la terre convenant aux constructions en bauge. L’eau de la rivière et de quelques sources, et les avantages de cette étendue marécageuse qui bordait la Voise : protection naturelle côté nord, mais aussi ressource en poisson, en végétaux (roseaux par exemple), en tourbe … C’était donc tentant de s’installer là, comme, à peu de distance en amont et en aval sur la Voise, à Gallardon, Baillolet, Baglainval, Bailleau, Armenonville, Houx, etc. 






Bien plus tard, les Gaulois, arrivés à partir du Vème siècle avant notre ère, ont sans doute chaussé les bottes de leurs prédécesseurs. S’ils n’ont pas laissé de traces connues à Yermenonville, ils ont construit un oppidum (sorte de petite agglomération fortifiée) à proximité (Grogneul), sans doute réaménagé plus tard par les Romains, et souvent désigné par le nom de  "Camp de César", dont les traces en sont encore visibles.

Les Gaulois se sont certainement installés eux aussi à Yermenonville et Boigneville, guidés en cela par les mêmes besoins que les hommes du Néolithique. 

La conquête et la colonisation romaine, commencées vers 50 avant notre ère, ne changèrent pas non plus fondamentalement la disposition des lieux. Toutefois, les Romains se sont appropriés les terres et les biens, et il est très vraisemblable qu’Yermenonville et Boigneville sont devenues des « villas gallo-romaines ».

Une villa est un domaine rural, donné en propriété à un maître (dominus) et à sa famille, qui se charge de le cultiver grâce à la main d’œuvre fournie par les villageois, devenus des esclaves. L’organisation spatiale typique de la villa gallo-romaine comprend trois pôles, au cœur de la propriété rurale :  
     - la maison du maître et de sa famille, comportant des bâtiments annexes (écurie, étable, grange, fournil, forge, etc.). Elle est souvent installée elle aussi près de la rivière ou d’une source, 
     - à proximité, un petit sanctuaire, par exemple dédié aux dieux protecteurs de la famille du maître (pénates) ou du lieu (lare), 
     - enfin les habitations des esclaves, regroupées dans un petit village situé à faible distance. 

Cette structuration d’Yermenonville et de Boigneville est encore lisible dans le village d’aujourd’hui.
 
On peut faire l’hypothèse qu’à Yermenonville, le logis seigneurial (le manoir) construit au moyen âge a repris l’emplacement de l’habitation du dominus ; que l’église d’aujourd’hui (qui, on le sait, a été précédée par d’autres édifices) a repris celui du sanctuaire païen ; que le village tel qu’il était jusqu’au 19ème siècle, c'est-à-dire proche de la Voise, avant son extension, correspondait à la zone d’habitation des esclaves. 

A Boigneville on a également une zone bien définie correspondant au château et à la chapelle (même si, lors de la reconstruction du château au 15ème siècle et de la construction de l’actuelle chapelle, il y a pu avoir redistribution des bâtiments au sein du domaine personnel du seigneur du lieu), et une zone d’habitat bien distincte. 

A Yermenonville l’église, pendant longtemps, n’était donc pas au centre du village comme aujourd’hui. Elle était en bordure du domaine personnel des seigneurs, en marge du village, et entourée du presbytère (et du jardin et du verger du curé) et du cimetière (qui n’a été déplacé qu’au 19ème siècle vers son emplacement actuel, lors de la première extension de la zone habitée). 

 

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Plan d'Yermenonville au 18ème siècle
Les trois éléments de la villa gallo-romaine structurent encore le village. A cette époque, l'église était encore à la périphérie du village.
Ce plan à l'encre d'Yermenonville, conservé aux Archives Départementales d'Eure et Loir, a été établi au début du 18ème siècle dans le cadre d'un conflit entre le marquisat de Maintenon et le Chapitre de Chartres. A cette époque, le village conserve encore la structure qu'il avait à l'époque Gallo-Romaine.