La famille d'Ecrosnes entre Boigneville et Yermenonville au 16ème siècle
près la mort d'Antoine d'Ecrosnes, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre. Le partage de la succession entre les sept enfants disperse les biens de la famille, et la seigneurie de Boigneville est elle-même partagée. De nouveaux hommes forts se manifestent dans la famille et dirigent les affaires tant que l'aîné des fils est encore mineur. Pourtant, peu à peu, ce dernier commencera à reconstituer sa seigneurie de Boigneville et rachètera même la seigneurie d'Yermenonville qui, on le verra, changera plusieurs fois de mains. C'est un peu la valse des seigneuries qui commence. Les habitants, eux, sont toujours là !
FLORIMOND LE BOULLEUR TUTEUR D'ANTOINE II D'ECROSNES
Une première étape, bien anodine en apparence, a lieu en 1522, dans l'année qui suit la mort d'Antoine d'Ecrosnes : la veuve de ce dernier, Bertranne de Fesnières, renonce aux dîmes inféodées héritées du temps des Champelin ; elle s'en déssaisit au profit des curés d'Yermenonville. Il est vrai que le Vatican faisait de plus en plus pression pour mettre fin à ce système, qui faisait arriver entre les mains de laïcs un prélèvement sur les productions paysannes initialement  prévu pour assurer des revenus aux curés. Mais, pour bien montrer qui reste le "patron" de l'église, ces dîmes sont versées par Bertranne de Fesnières sous la forme d'un fief : les curés successifs devront donc rendre foi et hommage aux seigneurs de Boigneville, payer à leur arrivée un droit de rachat de 3 livres, et assurer gratuitement tout un ensemble de cérémonies religieuses pour la famille d'Ecrosnes (24). Celle-ci s'est donc conformée aux injonctions papales, tout en reprenant d'une main ce qu'elle avait donné de l'autre, et en donnant le statut de vassal au curé d'Yermenonville.

Dans cet acte de "délaissement", un nouveau venu fait son apparition aux côtés de Bertranne : il s'agit de Florimond Le Boulleur, seigneur de Brotz, époux de la fille aînée, Marie d'Ecrosnes. Il jouera un rôle important. Peut-être est-ce lui qui a suggéré à Bertranne ce "délaissement" tout compte fait bien avantageux. En 1526 il apparaît comme tuteur des enfants mineurs d'Antoine I d'Ecrosnes, et rend foi et hommage en leur nom au seigneur du Coudray (25). En 1528, Antoine II d'Ecrosnes est majeur, et rend à son tour foi et hommage au Coudray, tant en son nom qu'en celui de ses frères et soeurs (25).

ANTOINE II D'ECROSNES INITIE LE RACHAT DE LA SEIGNEURIE D'YERMENONVILLE
La deuxième étape a sans doute commencé quelques années auparavant : des querelles à propos de l'héritage de Michel de Mesallant, seigneur d'Yermenonville, avaient mené ses héritiers, Jeanne et Elyon (ou Hélion ) devant les tribunaux. Ils furent condamnés à verser (avec des arrérages sans doute importants) une rente de 20 Livres par an pour son douaire à leur mère, Marie de Boujou,  qui s'était remariée. Les juges ordonnent aussi que, faute de paiement des arrérages échus, la seigneurie d'Yermenonville soit adjugée et vendue. Sans doute contraint par ce jugement, le 9 février 1530, Elyon de Messalant vend la moitié de la seigneurie d'Yermenonville à Antoine II d'Ecrosnes (26). Elyon de Mesallant meurt peu après. La famille de Mésallant est associée diversement à la transaction : le fils d'Elyon, Louis, mentionne son accord officiellement (l'autre fils, Jean, le fera plus tard).
BOIGNEVILLE ENTRE LES MAINS DES FAMIILES D'ECROSNES, LE BOULLEUR ET DE CONCHES
En 1533, le partage définitif de la succession paternelle est réalisé : l'ensemble des biens d'Antoine I (qui vont bien au delà de la seule seigneurie de Boigneville) est partagé entre les sept enfants. En particulier, Antoine II hérite de la moitié de la seigneurie de Boigneville, en indivision avec Florimond le Boulleur (époux de Marie d'Ecrosnes) et Jean de Conches (époux de Bertranne d'Ecrosnes) pour un quart chacun. L'acte de partage est un magnifique document de plus de 90 pages, que nous présenterons et commenterons ultérieurement. 
En 1566 et 1567, Antoine II rachète des prés et une partie du pressoir de Boigneville à Georges de Conches et ses frères, héritiers de Jean de Conches. C'est son fils jacques qui finira de reconstituer la seigneurie de Boigneville, et son autre fils Antoine qui reconstituera celle d'Yermenonville.
JACQUES D'ECROSNES RECONSTITUE BOIGNEVILLE
A sa mort en 1573 Antoine II laisse trois enfants : Jacques, qui lui succédera comme seigneur de Boigneville, Antoine et Jeanne. Jacques épousera Jeanne de Graffart en 1574 ; Jeanne épousera Robert de La Grüe.

Comme d'habitude, la succession pose problème : le partage des biens hérités sera revu en 1577 et effectif en 1579 (27). 6 ans de querelle familiale ? Jacques reçoit la moitié de Boigneville, Antoine est seigneur d'Adonville, Paponville et Bailleau. Jeanne hérite du reste.

Du côté des autres co-seigneurs de Boigneville, la situation a évolué : Jean de Conches est décédé en 1560 ; son épouse Bertranne d'Ecrosnes a la garde de son fils, Georges de Conches, jusqu'à sa majorité en 1566. Ce dernier vendra sa part de Boigneville à Jacques d'Ecrosnes en 1581 (28).

Florimond Le Boulleur est décédé vers 1557
, son fils Baptiste rendant foi et hommage au Coudray cette année là (28) . Baptiste Le Boulleur meurt en 1570. Sa femme Louise de Hanbart prend sa suite, jusqu'à la majorité de son fils Jean Le Boulleur, qui sera le dernier co-seigneur de Boigneville de cette branche : il vendra son quart de la seigneurie de Boigneville à Jacques en 1590 (29).

En 1590, Jacques d'Ecrosnes est donc à nouveau seul seigneur de Boigneville.
ANTOINE, FRERE DE JACQUES D'ECROSNES, RECONSTITUE LA SEIGNEURIE D'YERMENONVILLE
En parallèle, l'affaire d'Yermenonville se poursuit. On se souvient qu'Antoine II avait racheté la moitié de cette seigneurie à Elyon de Messalant. A la mort d'Antoine II, Yermenonville  était partagé entre Christine de Sans Avoir, sa veuve, Jacques, Antoine et jeanne, ses enfants, et l'héritière Mesalant, Marguerite. Antoine va parvenir à rassembler tous les morceaux : en 1584, Jacques cède sa part à Antoine dans le cadre d'un échange (30). Le dit Antoine récupère une autre part lors du partage des biens de Christine de Sans Avoir en 1586 (31) , et encore une part en 1597 lors d'un échange avec Robert de La Grüe, veuf de Jeanne d'Ecrosnes (32). Enfin, d'ultimes versements à Marguerite de Messalant laissent penser que sa part est définitivement rachetée en 1599.

Lecteur, vous commencez à vous y perdre ? Rassurez-vous, il n'y a pas que vous ... Pour éclaircir la situation, Jacques et Antoine, qui habitaient ensemble depuis de longues années à Boigneville, rédigent en 1600 un acte "portant l'exclusion de communauté entre eux, quoiqu'ils eussent demeuré ensemble durant 14 ans, attendu qu'ils conviennent avoir joui de leur biens chacun séparément (33)".




En 1600, c'est donc clair :  Jacques est l'unique seigneur de Boigneville, et son frère Antoine l'unique seigneur d'Yermenonville.

Mais cela ne va pas durer. Antoine meurt apparamment sans autre héritier que son frère Jacques, qui récupère donc la seigneurie d'Yermenonville au plus tard en 1607 (34). Jacques d'Ecrosnes va vendre Yermenonville en 1610 à César de Caffardel, en accord avec ses enfants François, Jean et Guillaume (35).

En ce début de 17ème siècle, c'est alors une autre histoire qui commence ...

Copie sur parchemin de l'acte de délaissement des dîmes inféodées de Boigneville aux curés d'Yermenonville par Bertranne de Fesnières, veuve d'Antoine d'Ecrosnes, en 1522.
Source : AD28, Archives du Château de Maintenon, cote : 60 J NC  71
Première page du très long document sur papier constituant l'acte de partage de la succession d'Antoine d'Ecrosnes entre ses enfants en 1533.
Source : AD28, Archives du Château de Maintenon, cote : 60 J NC  162