L'évêque de Meaux devient seigneur d'Yermenonville et de Boigneville, et puis s'en va !
uelques décennies vont suffire pour changer complètement l'ambiance à Yermenonville et Boigneville : les deux seigneuries deviennent la propriété de personnes haut placées, qui n'y vivent pas, et qui n'y voient qu'un bon placement financier. Même si les droits féodaux subsistent, la vie du village évolue : des intendants  représentent maintenant les intérêts de seigneurs qu'on ne voit plus.
La difficile succession de François d'Ecrosnes
François d'Ecrosnes, nous l'avons vu, est mort sans héritier direct en octobre 1661, âgé de près de 90 ans. L'année précédent sa mort, il avait laissé tous ses biens par testament à son épouse, Anne de Frénicle. Comme d'habitude dans la famille d'Ecrosnes, le testament est source de conflits : dès le 30 octobre, il y a contestation par Charles d'Ecrosnes, seigneur de Bailleau,  Jean d'Ecrosnes seigneur du Coudray, tous deux se faisant forts de leur frère François d'Ecrosnes ,seigneur du Butrail (le Buttra d'aujourd'hui),qui se trouvait en Dalmatie au service des Vénitiens, et d'Anne Desrosiers. Ils se présentent tous comme héritiers du défunt François d'Ecrosnes leur oncle. Pour éviter un procès, Anne de Frénicle consent à transaction financière coûteuse (12 000 livres soit 3000 livres chacun).

Mais l'affaire ne s'arrête pas là : Anne de Frenicle meurt à son tour en février 1662, et son neveu Etienne de Bochard seigneur de Marcilly prend la succession en main, et ne perd pas de temps ! 

Le 9 mars, Léon Frenicle, avocat au Parlement de Paris, renonce à la succession de sa soeur. Le 13 mars,  Etienne du Bochard  rachète à la nièce de François d'Ecrosnes ses droits à l'héritage de son oncle pour 500 livres. Le 17 mars, il accepte une transaction avec Jean d'Ecrosnes  qui se dit lésé par l'accord du 30 octobre 1661 et obtient 1500 livres de dédommagement. Charles d'Ecrosnes ratifie le même arrangement aux mêmes conditions. Le 29 avril : Louise de Bochard renonce à la succession de sa tante Anne de Frénicle . Le 25 juin, François d'Ecrosnes, de retour de Dalmatie, ratifie le contrat du 30 octobre 1661, et réclame ses 3000 livres plus le même complément de 1500 livres que les autres, à prendre sur la vente de la seigneurie.

Le 14 Août enfin a lieu la vente de la seigneurie de Boigneville à l'évêque de Meaux par Etienne du Bochard, neveu et héritier d'Anne de Frenicle veuve de François d'Ecrosnes, pour la somme de 36 000 livres, dont une bonne part va aux neveux du défunt. (9)
Mais qui est donc cet évêque de Meaux, et comment est-il arrivé à Yermenonville et Boigneville ?
L'évêque de Meaux, en 1662, n'est autre que Dominique de Ligny, frère de Jean de Ligny. Les deux frères sont les neveux du célèbre Chancelier Pierre Séguier, personnage considérable au 17ème siècle, et de Dominique Séguier, aumônier du roi et évêque d'Auxerre puis de Meaux.







Jean de Ligny, seigneur de Grogneul, a acheté des terrains dans la région puis, on l'a vu, a acheté la seigneurie d'Yermenonville, qu'il a vendue à Antoine Riotte, puis rachetée aux héritiers de ce dernier, puis enfin revendue à son frère Dominique de Ligny en 1652. Etant seigneur d'Yermenonville depuis 10 ans, Dominique de Ligny était donc bien placé pour suivre de près la succession de François d'Ecrosnes, et racheter Boigneville.

Après avoir acheté une charge de Grand Maître des Eaux et Forêts, Dominique de Ligny avait embrassé l'état ecclésiastique pour se préparer à la succession de son oncle maternel Dominique Séguier. Ce dernier lui obtient le titre de chanoine, puis de doyen du chapître de Meaux, puis d'évêque coadjuteur de Meaux. Le roi nomme enfin Dominique de Ligny évêque de Meaux à la mort de son oncle en 1659. Notons qu'il était aussi aumônier du roi, et que son successeur fut le célèbre Bossuet en 1681.

Portrait de Dominique de Ligny en 1654, par Robert Nanteuil (Philarmonia Museum of Art, www.philamuseum.org)
A cette date, il est déjà seigneur d'Yermenonville. Il deviendra évêque de Meaux en 1659, et seigneur de Boigneville en 1662.

Yermenonville et Boigneville donnés en cadeau de mariage
En 1677, Marie de Ligny, fille de Jean de Ligny, épouse le prince de Fürstenberg. Son oncle Dominique de Ligny lui offre alors les deux seigneuries d'Yermenonville et Boigneville comme cadeau de mariage. (10).

Si l'on a quelques traces de brefs passages de Dominique de Ligny à Yermenonville, on n'en a pas de Marie de Ligny, princesse de Fürstenberg. Ces importants personnages avaient d'autres occupations ! Ils se contentent de percevoir leurs droits seigneuriaux et les revenus de leurs terres données en fermage par l'intermédiaire de receveurs, installés dans les logis anciennement seigneuriaux.

C'en est donc complètement fini de la présence des seigneurs féodaux sur leurs terres d'Yermenonville et Boigneville. Plus de querelles à l'église, plus de droits de mets à offrir au seigneur lors des mariages, plus de maîtres à saluer bien bas sur leur passage ...

Les habitants et le curé ne semblent pas s'en plaindre. Ils s'empressent de faire disparaître toutes les traces de leurs anciens seigneurs en badigeonnant à la chaux les armoiries, ceintures et litres apposées sur les murs de l'église ! (11)